Sonia Vagliano, la golfeuse qui choisit la Résistance

Quand on pense au golf des années 1930, on imagine une époque bénie. Les terrasses animées, les stations balnéaires pleines l’été, les orchestres des grands hôtels, les voyages en train vers Deauville, Biarritz ou la Côte d’Azur. Le golf français évolue dans cette atmosphère-là.
Un monde élégant et insouciant, rythmé par les tournois, les déjeuners au club-house et les journées passées sur les fairways de Saint-Cloud, Chantilly ou Cannes-Mougins.
Sonia Vagliano appartient à cette génération. Très tôt, elle s’impose comme l’un des grands espoirs du golf français. En 1938, à seulement 16 ans, elle remporte la Coupe Saint-Germain International de France Double Dames avec Manette Thion de la Chaume. Elle joue également en équipe de France.
Son avenir semble tout tracé, puis la guerre arrive…

Une jeunesse brutalement interrompue

Couverture Sonia Vagliano
En couverture d’un ouvrage consacré aux femmes de la résistance, sous le titre « Les demoiselles De Gaulle », Sonia Vagliano.

En quelques mois, la vie bascule. Les compétitions disparaissent. Les voyages s’arrêtent. Paris entre dans l’Occupation allemande et l’atmosphère change complètement. Dans les rues, l’insouciance des années d’avant laisse place au silence, à la peur et à une tension permanente.
Le 11 novembre 1940, Sonia participe à une manifestation étudiante contre l’occupant allemand. Un geste de défi dans une ville où le moindre acte hostile peut mener à l’arrestation. Elle est arrêtée, puis relâchée.

Après cela, plus rien n’est vraiment comme avant. Chaque semaine, elle doit se présenter au commissariat de son quartier. La surveillance s’installe dans son quotidien.
À mesure que l’Occupation s’enracine, son père André Vagliano sent le danger se rapprocher. Inquiet pour sa femme Barbara et ses filles, et persuadé que les États-Unis finiront par entrer en guerre, il décide de les faire quitter la France avant qu’il ne soit trop tard.
Avec sa mère et sa sœur Lally, Sonia rejoint Lisbonne grâce à un train de rapatriés américains, avant d’embarquer pour New York. Derrière elles, elles laissent une France occupée, des parcours de golf désertés et toute une vie dont elles ignorent encore si elles la retrouveront un jour.

Buchenwald


Jusqu’ici, la guerre avait été celle des déplacements militaires, des convois, des cartes d’état-major et des villes détruites. À Buchenwald, elle découvre une autre réalité : celle de l’extermination, de la déshumanisation et de la violence industrielle du régime nazi.
Comme beaucoup de ceux qui pénètrent dans les camps à leur libération, Sonia restera profondément marquée par ce qu’elle y a vu.
Pour son engagement pendant la guerre, elle recevra plusieurs distinctions, dont la Croix de guerre, la Légion d’honneur à titre militaire et la Bronze Star américaine.

Parmi les souvenirs qui la marqueront pour toujours, il y a Buchenwald. Sonia découvre le camp au lendemain de sa libération par les Alliés. Ce qu’elle y voit dépasse tout ce qu’elle avait pu imaginer jusque-là.
Derrière les barbelés, il y a les baraquements, les corps épuisés, les regards vides des survivants et l’odeur de la mort qui flotte encore dans le camp. L’horreur des camps de concentration apparaît soudain dans toute sa brutalité.

Revenir sur les fairways

Après la guerre, Sonia revient au golf. Après les convois militaires, les villes en ruines et les routes d’Europe traversées au rythme de l’avancée des Alliés, le silence d’un parcours semble presque irréel. Il y a de nouveau l’herbe parfaitement coupée, le bruit feutré d’une balle frappée au petit matin, les longues marches entre les fairways.

Comme un écho lointain du monde d’avant

Mais certaines images ne quittent jamais vraiment ceux qui ont connu la guerre. Derrière l’élégance retrouvée des parcours subsistent les souvenirs des camps, des bombardements et des visages croisés sur les routes de la Libération. Sonia reprend pourtant le golf avec la même détermination qu’autrefois. En 1951, elle retrouve l’équipe de France et dispute la finale du Championnat de France Dames face à sa propre sœur Lally Vagliano.
Plus tard, sous le nom de Sonia Eloy, elle remportera encore le Championnat international de France Double-Dames en 1949 puis en 1961.
Le golf redevient une part de sa vie. Non plus dans l’insouciance des années 1930, mais dans une forme de lumière retrouvée après les années les plus sombres du siècle.

Sonia Vagliano propagande affiche
Égérie de la résistance, elle sera mise à l’honneur pour motiver les volontaires à l’engagement.
Sonia Vagliano
1949, remise de la coupe du Championnat international de France Double-Dames

Une autre histoire du golf français

On parle souvent du golf à travers les palmarès, les trophées ou les grands parcours. L’histoire de Sonia Vagliano raconte autre chose.
Elle raconte une génération dont la jeunesse a été interrompue par la guerre. Une sportive qui aurait pu vivre uniquement pour la compétition mais qui, à 21 ans, a choisi de rejoindre les Forces Françaises Libres. Et elle rappelle qu’au milieu de l’histoire du golf français, il existe aussi des trajectoires marquées par le courage, l’exil et la Résistance.

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